Souhaits pour le futur

Je rêve d’un espace-temps où le mot « décroissance » éveille les imaginaires de manière à y faire fleurir des jardins de poésie. Que ces quelques lettres qui s’arriment en un mot puissent ouvrir une porte vers des visions concrètes de solidarité, de bien-être, de confiance, d’entraide et d’abondance. Parce que la décroissance, c’est tellement plus que la « DÉ-croissance ». Un terme qui aujourd’hui peut effrayer alors que « l’importance de stimuler l’économie » est sur les lèvres de toustes nos dirigeant·es. J’ai un peu l’impression que nous acceptons ces éternelles tentatives de relance économique et les coupures budgétaires « nécessaires », car, même si nous remarquons tous et toutes que notre qualité de vie ne s’améliore pas, nous n’entrevoyons pas de meilleure alternative. Comprendre ce que représente réellement la décroissance a été pour moi une sorte de révélation. Une manière, d’enfin, nous donner foi en une autre manière de vivre qui ferait du sens humainement.

Qu’est-ce que moi je vois quand j’y pense?

Un monde où le bien-être des humains, de la nature, est au centre de nos actions et de nos décisions. On peut imaginer tellement d’alternatives lorsqu’on change simplement d’angle d’approche, et que le but de nos actions quotidiennes n’est plus celui de faire un maximum d’argent, mais de penser à notre santé physique, mentale, collective et environnementale. Est-ce que je suis en train de vous parler d’abolir complètement le système monétaire et de revenir uniquement au troc? Absolument pas! Ce que j’essaie d’amener comme idée, c’est que nous nous sommes peut-être perdu·es entre-temps dans l’ordre de nos priorités.

Allez, un peu de concret maintenant…

Pour entrevoir ce monde post-croissance, il nous faut de l’imagination, car il s’agit de réinventer complètement les règles du jeu. Voici quelques idées que j’entrevoie. Les entreprises locales remplaceraient les multinationales, pour répondre aux besoins spécifiques des communautés. Nous pourrions réduire notre temps de travail en partageant davantage, pour réduire nos dépenses personnelles. Par exemple, avoir des bibliothèques d’outils, de matériel de plein air, d’artisanat, etc. Partager nos connaissances aussi! Et si nous avions des lieux où nous pouvions partager avec nos voisin·es nos connaissances en couture et en échange, recevoir de l’aide pour peindre son salon? Travailler moins nous donnerait aussi plus de temps pour nous impliquer dans notre communauté, pour nous éduquer, nous informer et participer activement à la vie politique. Reprendre réellement contrôle sur nos milieux de vie, décider ensemble du monde dans lequel nous voulons vivre plutôt que de laisser les dirigeant·es le faire à notre place.

J’ai tendance moi aussi à vouloir chercher une route claire qui pourrait nous mener à ce monde plus vivant, mais je crois que la véritable nécessité pour la voir advenir réside d’abord et avant tout dans la création d’une vision collective. Ensuite viendront par elles-mêmes les étapes pour y arriver. Alors, n’arrêtons pas de rêver, de discuter de ces belles idées et de créer.

C’est évidemment un changement autant structurel que culturel et social. Rien ne pourrait se faire du jour au lendemain, et beaucoup de travail est à faire pour y arriver. Mais chaque fois qu’on remet en question la pertinence du PIB pour évaluer le bien-être d’une population, je crois qu’on fait un petit bout de chemin.

La décroissance, ce n’est pas un retour en arrière, tellement loin de là! C’est une manière de remettre du sens dans nos vies, de réorganiser nos priorités.