Le cordonnier de l’Assomption

En 2023, après avoir travaillé tout l’été dans un camp de jour, je me sentais justifié dans l’achat d’une nouvelle belle paire de converse, des souliers couverts de logos de Batman. Je ne suis pas du genre à m’acheter de beaux souliers et à les regarder sur une étagère. Je les ai portés mes souliers et ils ont voyagé pas mal, assez qu’ils ont vite fini troués.

C’est ma mère qui m’a conseillé d’aller voir le cordonnier et, comme j’habite à L’Assomption, je suis allé voir le seul cordonnier en ville. J’ai marché le long du boulevard de l’Ange-Gardien et j’ai tourné dans un coin calme du centre-ville où j’ai trouvé le gros bloc blanc deux étages qui abrite son atelier. Orné d’un grand signe bleu ciel qui dit simplement « Cordonnier », l’endroit était difficile à manquer et si ce n’était pas de ça on voit de l’extérieur les rangées de chaussures de toutes sortes rafistolées comme si elles sortaient du magasin. L’intérieur était assez similaire. Le comptoir de vitre comme les étagères affichaient une longue collection de projets de toutes sortes, des bottes de cuirs et caps d’acier aux talons aiguilles et chaussures chics. J’ai aussi aperçu des projets complètement autres comme des sacs et sacoches.

J’ai été accueilli par Mathieu, le propriétaire et le seul employé. Il prit un moment à observer mes godasses et évaluer le temps qu’il lui faudrait pour les réparer et me dire combien serait le prix. Il me les prit avec une autre paire qui avait besoin d’amour et après près d’une ou deux semaines les deux me sont revenus en super état pour la moitié du prix d’une des paires! Les trous sont maintenant remplacés par des patchs discrets.

Depuis, je suis retourné quelques fois à l’atelier pour y faire réparer des bottes et mon vieil étui de guitare. Chaque fois j’ai une courte discussion avec Mathieu, il me parle de combien de temps ça lui prendra, la dernière fois il m’a averti qu’il changeait ses heures d’ouverture pour accommoder l’horaire d’école à son garçon. C’est difficile quand tu vois directement la personne qui travaille d’ensuite regarder mes chaussures sans voir l’humain derrière, sans voir un morceau de ma ville dans ce que je porte.