On décrit souvent la décroissance comme le fait de prendre conscience des limites physiques de notre planète et de les respecter. Ces limites existent du côté de l’extraction des ressources : nos réserves de pétrole sont limitées, nos forêts prennent un certain temps à se régénérer, et elles existent du côté de la production : l’entreposage de nos déchets prend de l’espace, les gaz à effet de serre accélèrent le réchauffement de la planète.
Je veux vous parler aujourd’hui de ma façon d’appliquer la décroissance à mes habitudes de consommation de nourriture, de l’achat des aliments à leur préparation. L’idée étant de garder au minimum les excès de production et de réduire ma production de déchets provenant du gaspillage.
Depuis quelques années déjà je fais mon épicerie chez un fournisseur en gros, le genre d’entrepôt où s’approvisionnent les restaurants. Bien que ce qui m’ait poussé à le faire au début soit un dégoût du type de produits qui sont offerts dans les supermarchés habituels et de leur présentation qui favorise les achats impulsifs, j’y ai découvert un autre avantage : celui de réduire significativement ma consommation de plastique et le nombre de mes déplacements. J’achète maintenant de l’huile en paquet de 16 litres ou du riz en sacs de 40 kilos. C’est autant de petits contenants d’huile ou de petits sacs de riz qui n’auront pas à être produits.
Le défi avec ce genre de mode de vie c’est de ne rien gaspiller. Évidemment j’essaie de favoriser le plus possible des aliments non périssables ou qui ont une bonne durée de vie lorsque j’achète en gros, mais ce n’est pas toujours possible et il faut bien manger des légumes frais. Ma solution ressemble à du meal prep, mais au lieu de préparer des repas prêts à manger, je transforme un ingrédient à la fois. Si j’achète 50 livres d’oignons, je vais tous les couper, en cuire une partie et congeler une portion de ce que j’ai cuit. Ça me permet d’utiliser des oignons dans des recettes facilement et pendant plusieurs mois. En bonus, à chaque étape de cuisson, j’élimine les pathogènes de l’ingrédient et allonge sa durée de vie.
Je réalise bien que ce genre de pratique n’a qu’un effet marginal sur la quantité de plastique et de carburant que je consomme. Certains produits ne se vendent d’ailleurs pas vraiment en gros format, ce qui limite les bienfaits de magasiner dans un entrepôt. Mon mode de vie et mes habitudes de magasinage ont surtout pour effet de me donner bonne conscience, ce qui peut potentiellement faire de l’ombre à de vraies solutions. Dans bien des cas, le gaspillage alimentaire ne dépend même pas des consommateur·ices et survient à l’étape de la production ou de la distribution. Ce gaspillage-là ne s’élimine pas en consommant mieux, mais en mettant en place des lois qui le pénalisent. Comme quoi la décroissance, ce n’est pas seulement une question de mentalités ou de mode de vie, mais aussi une vision politique.
